quarta-feira, 23 de dezembro de 2015

NASSERA: BREVE HISTÓRIA DE UMA IMIGRANTE



Escrevi este conto curto homenageando as peripécias da mulher africana para conquistar o direito de ser.

Foi publicado em uma antologia de contos na França e é por isso que está em francês. Estou querendo fazer uma tradução para os amigos brasileiros. Daqui a pouco.



NASSERA
de

Cesare Battisti

Avant Nassera, ma réputation dans le quartier se réduisait à monter et descendre les escaliers de mon immeuble pour m'approvisionner, c’était mon unique seule préoccupation, la seule idée perceptible de mes pensées. J'étais certainement déjà un dépressif mais ne le savais pas et puis, comme je payais rubis sur l'ongle tous mes achats, je m'offrais aussi le bonjour de mes voisins dont certains parmi les plus zélés étaient désormais persuadés de mon innocuité et avaient fini par effacer le mot parasite  de leurs regards fuyants. Je pouvais aussi jouir d'un petit confort bâti grâce à l'héritage d'un modeste deux pièces, associé à un certain talent dans l'art de dribbler les obstacles des Assedic. Ce qui me permettait de mener une vie loin du stress des ambitions.
Après Nassera, je n’ai plus fait que prendre des trains, l’un après l'autre, parce qu’à chaque arrivée je ne voyais que de bonnes raisons d'aller encore plus loin. Loin des plaisirs de la décomposition, on se recompose sur les chemins de l'enfer. Comme Nassera, qui avait fuit l'Afrique. Quel pays d'Afrique ? Quelle importance, y a-t-il des Africains pauvres qui n'ont plus qu'à fuir leur propre terre ? Mes auriculaires chantaient ... écoute ce dit le vent my friend, le vent va te répondre..., quand ma vie allait se visser à la sienne. Avant elle, je n'avais ja mais pensé que dans la rue il y avait des gens qui n'avaient pas le droit d'y être et n'avais jamais vu une fille échapper à la police avec autant de grâce. Elle ne courrait pas mais de son corps émanait une force qui déplaçait l'air. La baguette me tomba des mains pendant que je me dépêchais de lui ouvrir la porte de mon immeuble.
Elle avait les pommettes hautes, le nez bien dessiné et les cheveux coupés courts comme ceux d’un garçon. Elle savait où trouver les testicules de mouton pour préparer le Mako-mako, délicieux même sans le foie de dromadaire, et sa voix était aussi douce que ses soupirs. Mais elle était blessée, pas seulement dans l'esprit, son corps l'était aussi. Elle me faisait l'amour dans le noir et avait honte de son corps mutilé par les aiguilles des mégères cherchant l’endroit où se trouve la marque du diable. « Et elles l'ont trouvée, la marque ? ». Un fanatique trouve toujours ce qu'il cherche ; chez Nassera il y en avait par dizaines.
Fuir pour sauver sa vie, sa liberté d'être femme qui s’était opposée à la lapidation de ceux qui osaient s’aventurer jusqu’à son village pour leur apprendre le danger du sida.
Nassera, sorcière pour les uns, adultère pour les autres, illégale ici.
Je n'avais jamais autant fréquenté les salles de cinéma avant de rencontrer Nassera. Elle avait une raison infaillible pour éviter les longues queues aux guichets : « S'il y a plein de monde, le film n'est pas bon ». Toujours au premier rang, elle levait la tête comme si l'écran était un ciel palpitant où planer. Soudain, entre une exclamation et un soupir, elle revenait hâtivement à moi avec un baiser sur la joue. Étais-je amoureux ? Aujourd'hui je revis par la pensée ces mots qui m'ont poussé à me construire cette cuirasse d'indifférence que je porterai toujours.
Nassera savait lire dans mes pensées et soignait mes maux de tête posant la main gauche sur mon épaule. « Mais tu es sorcière ? » Elle égrenait alors son rire qui remplissait la pièce de mille clochettes. Guillaume, mon voisin ne m'aimait pas. Il était cousin d'un préfet et avait l'ouïe sensible. Il devenait de plus en plus hargneux, ses géraniums étaient tombés malades, empoisonnés, disait-t-il. Nassera le fuyait, moi je me marrais.
Je hais le pain au chocolat. Nassera adorait ça. J'en avais dix dans le sachet qui me tomba de mains lorsque le concierge m'appris que la police l'avait embarquée. « Où ? » Je courrais. Telle une mouche prise au piège, je me heurtais contre les murs du cynisme bâtis dans la grisaille de nos institutions. Le mutisme, avant l'ignominie : « Rentrez chez vous monsieur, elle s'est pendue ».
Rentrer. Comme un ver dans son cocon.
Le cœur terni par la grisaille, j’étais en train de faire mon sac quand les pompiers découvrirent le corps de Guillaume, mon voisin, le cousin du préfet. Mort, pendu.
Aujourd'hui je n'arrête pas de revenir à cette question que j'avais un jour posée à ma petite clandestine : « Dis-moi, Nassera, t'as jamais pas eu peur de mourir ? » Elle m'avait alors regardé avec ses yeux noir émerveillés : « Quand on meurt on bien autre chose à faire qu'à penser à la mort… ». Je n'avais jamais songé à cela non plus, mais maintenant oui. Dans chaque salle d'attente je ne vois que ça, des gens mourir sans s’en soucier.
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